Celle qui aimait les cimetières et les églises

Quand j’étais enfant on allait régulièrement voir mes grands-parents dans un village en Dordogne. Là, pendant que les adultes parlaient, je m’échappais. Je devais avoir une dizaine d’années et je partais ;  à l’époque on n’avait pas peur. Il y avait une église romane non loin de là.

J’étais immanquablement attirée vers cette église et son cimetière. Je commençais toujours ma visite par le cimetière, j’aimais me promener dans ses allées. Il n’y avait rien de lugubre là-dedans, le calme du lieu apaisait le tourbillon de mes pensées, pas si enfantines. Je ne trouvais pas l’endroit triste, au contraire, j’y voyais là comme le sens profond de la vie : on naît, on vit, on meurt et on se retrouve poussières sous une dalle de marbre.

J’aimais lire les noms des gens sur les tombes, je cherchais les plus anciennes et les dates auxquelles elles renvoyaient,  m’amenaient vers des époques inconnues. Mais je voyais surtout des gens, des personnes qui avaient aimé, souffert, vieilli, ou pas avant de finir là. Ils avaient eu des désirs, des contraintes et des rêves, lesquels avaient-ils réalisés ? lesquels avaient-ils dû repousser ? Cette méditation me conduisait alors vers l’église.

Forcément. La vie des gens interroge la croyance, la croyance en Dieu notamment, tous ceux qui étaient inhumés là devaient y croire. C’est une église d’une très grande simplicité architecturale, comme pour rappeler que la maison de Dieu n’a pas besoin d’être magnifique, elle a besoin d’Être c’est tout.

Une grande sérénité se dégage de ce lieu. Je n’ai jamais eu d’éducation religieuse, je n’ai jamais été attirée par la religion ; même enfant l’évidence de la vie était simple : on n’en a qu’une et quand elle est finie, il n’y a plus rien après. Quand j’entrais dans cette église j’avais l’impression qu’émanaient de ces dalles disjointes la Foi de ceux qui étaient passés avant moi. Qu’on puisse avoir la Foi était et demeure un grand mystère pour moi ; face à la brutalité de la vie il m’était impossible de penser que l’on puisse avoir une Foi sans faille en quelque chose d’aussi invisible, intangible que Dieu…Sur ces bancs se sont assises tant de personnes au fil des siècles, la crainte de Dieu au cœur, et tellement de prières sur les lèvres pour atténuer leur peine. Et pourtant je ressortais toujours très apaisée de cette église.

En grandissant il m’est resté cette étrange passion pour les églises, j’entre et  je perçois la rumeur des vies qui sont passées là avant moi. Elles m’entourent et semblent me dire que l’invisible, l’intangible résident dans nos cœurs et notre imaginaire et qu’il suffit de laisser affleurer son âme pour les capturer.

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Publié le 6 mars 2017, dans Home, Humeurs, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Très bien écrit. Bravo!

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  2. très belle plongée dans ton intime….je comprends cette sensation d’apaisement qu’il règne dans ces lieux ( enfin les églises…). Pour les cimetières, ils ne symbolisent rien pour moi et me font un peu peur….

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  3. Chez moi, c’est un réflexe familial d’aller voir les églises… même si on n’est pas plus religieux que ça 🙂 je trove également qui se dégage de ces lieux une ambiance particulière et sereine… Belle journée 🙂

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Quelque chose à me dire ???

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